
La Franc-Maçonnerie dévoilée aux profanes…
Editions Grancher, 20 €
L’été restera la saison privilégiée pour les « marronniers » maçonniques et autres. Le livre d’Hécate, ouvre courageusement le bal… Il est surprenant que les Editions Grancher qui nous ont toujours proposé des ouvrages de qualité aient laissé passer celui-ci. L’été, la chaleur ou un 1er Avril tardif ou trop en avance ?
Cet ouvrage souhaite s’adresser aux « profanes », c-a-d ceux qui ne sont pas Francs-maçons. Hélas ! ce livre est truffé d’erreurs, de contresens et d’inexactitudes de toutes sortes. Je ne peux donc que le déconseiller tant aux profanes qu’aux maçons ou alors qu’il soit lu par des « historiens maçonniques », ceux-là mêmes qui vivent « dans le passé ».
Prenons quelques exemples piochés ça et là…
Hécate, (l’auteur), nous apprend que le Rite Français, pratiqué au Grand Orient de France, qui était pendant 30 ans son obédience, ne connait que 3 grades ! Les Ordres de Sagesse « n’étant plus guère pratiqués », les Frères souhaitant travailler dans les hauts Grades du rite Français devant « aller maintenant chercher asile dans des Loges travaillant au rite Ecossais Ancien et Accepté ».
Qu’en pense Jacques-Georges Plumet, le Très Sage et Parfait Maître, du Grand Chapitre Général du Grand Orient de France ? Système gérant les grades supérieurs du Français.
Je passe sur le fait qu’Hecate pense que les « tabliers à dominante rouge sont en usage dans les Loges d’obédiences anglaises »… la « dominante rouge » est la marque du Rite Ecossais Ancien et Accepté (REAA). Rite pratiqué tant à la Grande Loge de France, qu’au Grand Orient de France, qu’à la Grande Loge Traditionnelle et Symbolique-Opéra, qu’à la Grande Loge Mixte de France, qu’à la Grande Loge Féminine de France, qu’au Droit Humain…. qui, à mon avis, ne sont pas « d’obédience anglaise », je pense que dans ce cas la Grande Loge Unie d’Angleterre l’aurait fait savoir.
Pour rester sur le REAA, ce n’est pas en 1763 qu’il est né, mais le 24 Juin 1801 au sein du Suprême Conseil des Etats Unis d’Amérique à Philadelphie.
Au fait le Régime Ecossais Rectifié, ou Rite Ecossais Rectifié (R.E.R.), n’est pas « orienté sur l’alchimie », il suffit de lire les textes de son fondateur Jean-Baptiste Willermoz. Son opinion sur l’alchimie est sans équivoque.
Je suis certain que les membres de la Grande Loge Nationale de France, seront heureux d’apprendre que par « nostalgie du passé » ils portent parfois en tenue des « perruques » !
Là où la méconnaissance catastrophique, quasiment abyssale, du monde maçonnique, contemporain et historique, se fait jour est lorsque Hécate cite la Grande Loge Française de Memphis-Misraïm comme étant « l’héritière de la philosophie martiniste », c-a-d « les règles figées par Georges Martin (1844-1916) »… là je reste sans voix… Rappelons que le martinisme est la doctrine philosophique de Louis-Claude de Saint Martin (1710-1803), dit le Philosophe Inconnu, il faut qu’Hécate se rende sans tarder sur le site de référence : « Louis-Claude de Saint Martin » il y découvrira des trésors.
Quant à Georges Martin (1844-1916) il est le fondateur, avec Maria Deraisme, en 1893 de la première Loge mixte, « le Droit Humain » qui deviendra par la suite la première obédience mixte et internationale appelée dès lors « l’Ordre Maçonnique Mixte International « le Droit Humain« .
Hécate précise que la Grande Loge Française de Memphis-Misraïm « possède un avatar (sic) exclusivement féminin en sa composition avec la Grande Loge Féminine de Memphis Misraïm« , là je reste totalement aphone…. Que dire de plus ? je vais donc consulter la notice de cet « avatar » !
Grande Loge Féminine de France. Et là nous apprenons qu’en fait elle est mixte ! certes elle se présente comme Féminine mais c’est pour cacher qu’elle est mixte ! que dire de plus ? Je pense que son grand Maître saura apprécier sa mixité dissimulée.
Je passe sur les approximations historiques concernant le rite de Memphis-Misraïm et de son histoire française, il y aurait trop à dire.
J’aurais souhaité connaître les obédiences qui « imposent de croire en un créateur divin ». « Impose » le terme est très fort et très éloigné de la tradition maçonnique qui elle prône la liberté. Que des obédiences demandent à ce que leurs membres croient en dieu, en un créateur divin, au Grand Architecte de l’Univers, oui c’est vrai, mais ces obédiences n’imposent rien.
Je remercie Hécate d’avoir précisé, le fallait-il ? que dans le terme « mots, signes et attouchements » des Constructeurs, le mot « attouchements » n’avait rien de sexuel ! (ouf, je suis rassuré !)
A la lecture du livre d’Hecate, je comprends mieux les critiques qu’il fait à la Loge Nationale Française. Il qualifie cette obédience comme « très portée sur un certain nombrilisme », faisant trop de recherches historiques sur la « seule maçonnerie », délaissant « l’évolution de la société ». Il trouve que cette obédience « vit dans le passé ». Comment qualifier alors l’excellente revue Renaissance Traditionnelle ? qui nous livre, certes avec quelques retards, des trésors de la recherche maçonnique.
Il cite les rites pratiqué par la Loge Nationale française : « Rite Moderne Français Rétabli, Rite Ecossais Rectifié »… si Hécate s’était donné la peine de consulter le site de la Loge Nationale Française il se serait aperçu qu’elle pratique le Rite Anglais de Style Emulation, le Rite Français Traditionnel et le Rite Ecossais Rectifié. Le Rite Moderne Français Rétabli étant le nom initial de ce rite et qui n’est plus usité à la Loge Nationale Française, depuis Désaguliers…
Sur le site de cette obédience il trouvera, sans peine, l’adresse car dire que son siège est « un peu nul part » (sic !) est pour le moins curieux, étrange, voire poétique…
Je regrette cet ouvrage, je regrette surtout que son auteur n’ait pas pris la peine de contrôler, de vérifier ses informations. Cet ouvrage est l’exemple type de la méconnaissance tout à la fois de l’histoire maçonnique et du « paysage maçonnique » français contemporain. Avant de s’attacher aux faits de société il aurait été plus utile à Hécate, qui se trouve être un maçon de 30 ans du Grand Orient de France, de s’intéresser un peu, un tout petit peu à l’histoire maçonnique, et aux obédiences françaises, qui n’ont pas que des « rares contacts entre elles », cela lui aurait éviter ces « approximations ».
Il aurait été plus profitable à Hécate de se référer à la lettre G, non comme symbole initiale de GOD, de GNOSE… mais comme celui de GOOGLE.
A.C.
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